CW : Cet article fait mention de personnes disparues, de corps retrouvés et de plusieurs morts
La découverte des restes d’une femme portée disparue depuis plus de trois mois à Jeju ravive de nombreuses interrogations sur la gestion des personnes disparues par la police sud-coréenne. L’affaire est d’autant plus préoccupante qu’un officier est accusé d’avoir fermé deux dossiers en affirmant avoir contacté les personnes recherchées, alors qu’elles ont finalement été retrouvées mortes.
Les restes de Jang Mi Ran retrouvés 104 jours après sa disparition
Le 24 août, vers 10h46, la police provinciale de Jeju a découvert ce qui serait le corps de Jang Mi Ran, une femme de 37 ans portée disparue depuis le 12 mai.
Les restes ont été retrouvés dans une plantation de palmiers à Hallim-eup, à environ 400 mètres du logement où elle séjournait, soit seulement cinq minutes à pied. Jang Mi Ran avait été vue pour la dernière fois en train de quitter cet endroit vers 22h15 le 12 mai.
Son petit ami avait signalé sa disparition à la police le 15 mai à 18h43. Selon les accusations visant l’officier chargé du dossier, ce dernier lui aurait alors affirmé avoir contacté Jang Mi Ran et qu’elle allait bien, ajoutant qu’elle ne souhaitait pas que sa localisation soit communiquée.
Le dossier aurait ensuite été fermé seulement deux heures et 33 minutes plus tard, à 21h16.
L’officier est également accusé d’avoir supprimé les informations concernant Jang Mi Ran du système informatique utilisé pour le suivi des personnes disparues.
Des effets personnels, dont son téléphone portable, ont été retrouvés près des restes, tandis que les vêtements correspondraient à ceux qu’elle portait au moment de sa disparition. Le corps était toutefois dans un état de décomposition avancée, avec une partie des os déjà apparente.
Pour l’heure, la police n’a pas établi les circonstances exactes de sa mort et doit notamment déterminer s’il existe des signes permettant de suspecter un homicide. Une autopsie doit permettre d’apporter davantage d’éléments.
Une enquête qui aurait pu commencer bien plus tôt
La gestion du dossier suscite particulièrement l’indignation des proches.
Lorsque le petit ami de Jang Mi Ran a tenté de signaler une nouvelle fois sa disparition le 17 juillet, sa demande aurait été bloquée par l’existence du premier dossier, pourtant considéré comme clos.
Deux jours plus tard, le 19 juillet, une cousine de la jeune femme s’est rendue au commissariat de Nowon, à Séoul, pour signaler sa disparition. Les recherches ont alors repris.
Lors de cette démarche, un policier aurait notamment demandé pourquoi une personne majeure ne pouvait tout simplement pas avoir quitté son domicile volontairement. Il aurait également laissé entendre que le fait de ne pas avoir retrouvé Jang Mi Ran pouvait être considéré comme une « bonne nouvelle », puisqu’elle aurait probablement déjà été retrouvée si quelque chose de grave lui était arrivé.
Le commissariat de Nowon a par la suite expliqué que ces questions visaient à déterminer si le signalement était réellement fondé et à évaluer les risques, tout en reconnaissant que les propos avaient pu être mal compris.
Une alerte concernant la disparition de Jang Mi Ran a finalement été diffusée le 19 juillet, après que sa famille a rendu son identité et sa photographie publiques. Les recherches ont repris dès le lendemain.
Mais plus de trois mois s’étaient alors écoulés depuis sa disparition.
Des images de vidéosurveillance qui auraient été perdues
Le retard dans les recherches soulève également la question des preuves qui auraient pu être récupérées dans les premières semaines.
Selon des documents obtenus par le député indépendant Han Dong Hoon, les images des 118 caméras de vidéosurveillance installées dans le secteur de Hallim-eup avaient déjà été supprimées lorsque les enquêteurs ont cherché à les récupérer.
Parmi elles figuraient 111 caméras de prévention de la criminalité et sept caméras destinées à la circulation.
Les images couvrant les 20 jours suivant le 12 mai auraient été automatiquement supprimées entre le 11 et le 19 juin, après avoir atteint la durée de conservation habituelle de 30 jours.
Or, le commissariat de Jeju Ouest n’aurait adressé une demande officielle à la province afin d’obtenir ces images que le 19 août, soit 98 jours après la disparition de Jang Mi Ran.
Les autorités de Jeju ont expliqué que les images avaient été supprimées conformément à la durée normale de conservation. Cette situation alimente néanmoins les critiques concernant le délai particulièrement important avant la reprise effective de l’enquête.

Le policier chargé des disparitions a été arrêté
L’affaire a conduit à l’arrestation de l’officier identifié par son nom de famille, Bu, âgé de 34 ans et lieutenant au sein de l’équipe chargée des personnes disparues du commissariat de Jeju Ouest.
Il est soupçonné de manquement à ses devoirs, de falsification et d’utilisation de documents électroniques officiels, ainsi que d’entrave à l’exercice des fonctions officielles par la tromperie.
Bu aurait notamment indiqué dans les dossiers avoir contacté les personnes disparues alors que cela serait faux.
Il avait initialement été placé en détention d’urgence avant de demander l’examen de la légalité de son arrestation. Un tribunal avait accepté cette demande et ordonné sa remise en liberté le 24 août.
Dès le lendemain, il a toutefois été de nouveau arrêté après que le parquet a demandé un nouveau mandat de détention.
Le juge Lee Gil Beom, du tribunal du district de Jeju, a finalement délivré le mandat le 25 août, estimant notamment qu’il existait un risque de destruction de preuves ou de fuite.
Une deuxième disparition traitée de manière similaire
Le cas de Jang Mi Ran ne serait pas isolé.
Bu est également accusé d’avoir fermé de manière injustifiée le dossier concernant un homme d’une soixantaine d’années, identifié sous le nom de C.
Sa famille avait signalé sa disparition le 2 juillet. Selon les accusations, Bu aurait là encore fermé le dossier environ cinq heures et 36 minutes plus tard en indiquant que l’homme était sain et sauf, sans mener de recherches suffisantes.
Les proches seraient ensuite retournés à deux reprises au commissariat pour signaler qu’ils ne parvenaient toujours pas à joindre l’homme. La police n’aurait cependant pas immédiatement lancé de recherches approfondies, s’appuyant sur le traitement initial du dossier par Bu.
Après avoir pris connaissance de l’affaire Jang Mi Ran, la famille a effectué un nouveau signalement le 21 août. Les policiers ont alors commencé à rechercher l’homme et ont retrouvé son téléphone avant de découvrir son corps le 22 août à Gujwa-eup.
Sa famille a par la suite déclaré :
« Nous faisions confiance à la police, mais nous n’avons pas reçu l’aide nécessaire. »
Les proches ont également affirmé qu’ils avaient été invités à retrouver eux-mêmes leur père lorsqu’ils s’étaient inquiétés de ne plus avoir de nouvelles de lui.
L’officier aurait traité près de 300 dossiers
L’ampleur potentielle de l’affaire inquiète désormais les autorités.
Le commissaire général par intérim de la police nationale sud-coréenne, Yoo Jae Sung, a indiqué devant la commission de l’Assemblée nationale chargée de l’administration et de la sécurité que Bu avait traité environ 298 dossiers de personnes disparues depuis son arrivée dans cette équipe.
Une vérification complète de ces 298 dossiers va donc être menée afin de déterminer si d’autres affaires ont pu être mal traitées ou fermées de manière irrégulière.
Il est toutefois important de préciser que les autorités n’affirment pas que l’ensemble de ces dossiers ont été mal gérés. L’enquête doit justement permettre de déterminer si d’autres irrégularités existent.
Bu aurait rejoint l’équipe chargée des personnes disparues en mars 2025.
Quatre personnes disparues retrouvées mortes en quelques jours
L’affaire prend une dimension encore plus inquiétante alors que quatre personnes portées disparues ont été retrouvées mortes à Jeju en l’espace de quelques jours.
Outre Jang Mi Ran et l’homme retrouvé à Gujwa-eup, deux autres corps ont été découverts.
Le 23 août vers 15h04, un pêcheur a signalé avoir aperçu le corps d’un homme qui serait âgé d’une soixantaine d’années dans les eaux situées près de Sinheung-ri, à Jocheon-eup. L’homme, identifié comme A, avait été signalé disparu à la police de Jeju Est la veille, le 22 août. Les circonstances de sa mort font encore l’objet d’une enquête.
Le 25 août vers 9h35, un autre homme d’une soixantaine d’années, identifié comme B, a été retrouvé mort à Musucheon, à Aewol-eup, alors que la police effectuait des recherches sur son itinéraire présumé. Il avait été signalé disparu au commissariat de Jeju Ouest le 12 août.
Ces deux dossiers n’ont pas été traités par Bu, contrairement à ceux de Jang Mi Ran et de l’homme retrouvé à Gujwa-eup.
Le fait que plusieurs personnes disparues aient été retrouvées mortes en quelques jours a néanmoins considérablement renforcé l’inquiétude sur l’île.
Des théories sur un éventuel tueur en série circulent en ligne
La situation a également donné naissance à de nombreuses spéculations sur les réseaux sociaux.
Des informations circulant en ligne évoquent notamment 15 personnes actuellement portées disparues et quatre corps retrouvés, tandis qu’une carte réalisée par un internaute recensant différents signalements de disparition à Jeju a largement circulé.

Certains habitants affirment également recevoir régulièrement des alertes concernant des personnes disparues, alimentant un sentiment d’insécurité.
Sur les réseaux sociaux, certains internautes vont jusqu’à évoquer la possibilité qu’un tueur en série soit actif à Jeju.
Rien ne permet cependant actuellement d’établir un lien entre ces différentes affaires. La police n’a pas annoncé l’existence d’un tueur en série et aucun élément confirmé ne permet d’affirmer que les quatre décès sont liés entre eux.
Il est donc important de distinguer les faits établis des spéculations apparues en ligne : les quatre personnes ont bien été retrouvées mortes dans un laps de temps très court, et la gestion de deux dossiers par le même officier fait actuellement l’objet d’une enquête, mais aucune connexion criminelle entre ces affaires n’a été démontrée à ce stade.
L’enquête doit désormais déterminer les circonstances exactes des décès, établir pourquoi les dossiers de Jang Mi Ran et de l’homme retrouvé à Gujwa-eup auraient été fermés sans recherches suffisantes, et surtout vérifier si d’autres dossiers parmi les 298 traités par Bu présentent des irrégularités.
L’arrestation de l’officier repose par ailleurs sur des accusations qui devront être établies par la justice et ne constitue pas, à ce stade, une condamnation définitive.
Source : naver
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